Jira n'a plus d'offre pour qui veut garder ses données en Europe
Jusqu'en 2024, une équipe de vingt personnes pouvait faire tourner Jira sur ses propres serveurs, pour un prix proportionné. Depuis mars 2026, il ne lui reste que le cloud américain.
Pendant quinze ans, Jira a été une réponse honnête pour une petite organisation qui voulait ses dossiers sur ses propres serveurs. Un service technique communal, une cellule qualité chez un industriel, un laboratoire : ce sont les trois profils que je croise le plus souvent. Chacun achetait un palier de vingt-cinq utilisateurs, l'installait chez lui, et la question de savoir à quel droit répondait son fournisseur ne se posait pas.
Cette réponse n'existe plus. Elle a disparu en trois temps, étalés sur deux ans. Le besoin, lui, n'a pourtant pas bougé.
Ce que Jira Server offrait
Jusqu'en 2024, Jira se vendait en version Server, par paliers de 10, 25, 50, 100, 250 ou 500 utilisateurs, en licence perpétuelle. Vous installiez le logiciel sur votre matériel, dans votre salle serveur ou chez l'hébergeur de votre choix.
Pour une exigence de souveraineté, c'est la forme la plus simple qui soit : les données ne quittent jamais votre périmètre, il n'y a pas de sous-traitant à lister, pas de clause de transfert à négocier, pas de maison mère étrangère à interroger. Un DPO signe en dix minutes. Je rigole, ça n'arrive jamais. J'ai par contre vu plus d'un DPO apprécier cette voie et rechigner sur d'autres.
Bref, Atlassian a arrêté le support de Jira Server le 15 février 2024. Les paliers en dessous de 500 sont partis avec lui, et la licence perpétuelle aussi.
La porte restée ouverte jusqu'en mars 2026
Après la mort de Server, il restait Jira Data Center, qui s'installe également sur vos serveurs. Sur la question des données, cette version tient : votre fournisseur ne détient rien, et personne ne peut le contraindre à produire ce qu'il n'a pas. C'est à ce titre que nous l'appelions, dans le premier épisode de cette série, la dernière façon d'héberger ses tickets hors de portée du droit américain.
Elle ne répond pas pour autant à la question de l'épisode précédent : de quel droit national relève votre fournisseur ? Atlassian répond « américain », et cette réponse gouverne la licence, les mises à jour, la Marketplace et la feuille de route. Vos données sont chez vous ; le calendrier reste chez eux. C'est précisément ce qui se vérifie aujourd'hui.
Et surtout, Data Center se vend à partir de 500 utilisateurs. C'est son plus petit palier. La position d'Atlassian pour les organisations en dessous de ce seuil a été dite clairement : les paliers commencent à 500 pour servir au mieux les grandes organisations, et en dessous, c'est le cloud qui est recommandé.
Ce que coûtait le plancher à 500 utilisateurs
Ce plancher n'est pas une barrière symbolique. Au prix catalogue, le palier 500 coûte 59 000 $ par an depuis le 17 février 2026. Il était à 51 000 $ avant cette date, et autour de 42 000 $ avant 2025.
À 500 personnes, cela fait 118 $ par personne et par an, un chiffre banal pour un logiciel professionnel. À vingt personnes, les mêmes 59 000 $ font 2 950 $ par personne et par an, vingt-cinq fois le tarif nominal, pour 480 sièges que personne n'ouvrira jamais.
Et la licence n'est que la partie visible. Data Center est auto-hébergé : vous fournissez les serveurs, vous dimensionnez et réglez la base de données, vous testez les sauvegardes et les restaurations, et les mises à jour arrivent au rythme d'Atlassian pour consommer un week-end du vôtre. Il faut surtout une personne précise qui connaît vos schémas de workflow et sait ce qui va casser ; le jour où elle part, vous découvrez quelle part du système vivait dans sa tête.
Entre février 2024 et mars 2026, la réponse figurait donc au catalogue sans être à la portée de personne à cette échelle.
Depuis mars 2026, il ne reste que le cloud
Le 30 mars 2026, Data Center a cessé d'être vendu aux nouveaux clients. La date fait partie du calendrier de fin de vie annoncé le 8 septembre 2025, que nous avons détaillé dans le premier épisode. Elle est passée.
Une équipe de vingt personnes qui découvre aujourd'hui qu'elle doit sortir du cloud américain ne peut donc plus acheter Data Center, quel que soit son budget. Il lui reste, chez Atlassian, Atlassian Cloud : facturé par utilisateur, donc parfaitement abordable à vingt personnes, et débarrassé des serveurs, de la base de données, des sauvegardes et des week-ends de mise à jour. Si le budget était la seule contrainte, la discussion s'arrêterait ici, et c'est d'ailleurs ce qu'Atlassian recommande.
Mais c'est un service exploité par une société américaine, quelle que soit l'adresse des serveurs. Si vous teniez à l'auto-hébergement à cause d'un régulateur, d'une règle de marché public, d'un réseau isolé ou d'un DPO qui fait son travail, cette porte ne répond pas à votre question.
Il existe encore une maintenance prolongée, payante et limitée dans le temps, accordée au cas par cas. Un sursis, et il faut déjà être client pour y prétendre.
Pourquoi c'est dommage
La décision d'Atlassian se comprend très bien de l'intérieur. Maintenir une version installée coûte cher, les petits paliers rapportent peu, et le cloud est un meilleur produit pour l'immense majorité de leurs clients. Jira reste un excellent gestionnaire de tickets, et les équipes de développement qui l'utilisent dans le cloud ont peut-être même gagné au change.
Par contre. Une commune, un laboratoire, une PME réglementée n'ont pas cessé d'exister parce qu'elles sont petites, et leurs obligations n'ont pas diminué pour autant. Elles se retrouvent devant un choix qu'elles n'ont pas demandé : renoncer à une exigence qui leur était imposée de l'extérieur, ou changer d'outil.
D'où la question qui vaut la peine : non pas « combien ça coûte ? » mais « suis-je encore le client pour qui c'est fait ? » Si la réponse est non, l'extinction de Data Center en 2029 n'est pas une surprise mais une décision stratégique d'Atlassian, regrettable pour les européens.
Ce qui existe à la place
Le trou laissé par Server est occupé ailleurs, heureusement. Les épisodes suivants de cette série passent en revue ce qu'il reste d'auto-hébergeable et les éditeurs européens installés sur ce terrain.
Notre propre réponse est une instance dédiée : votre environnement, dans des centres de données européens ou sur vos serveurs, facturée à partir de dix utilisateurs puis par tranches de cinq.
| Jira Data Center, plus petit palier | Klaro Cards, instance dédiée | |
|---|---|---|
| Vendu aux nouveaux clients | non, depuis le 30 mars 2026 | oui |
| Facturé sur | 500 utilisateurs minimum | 10 utilisateurs, puis par tranches de 5 |
| À vingt personnes | 59 000 $ / an, soit 2 950 $ par personne | 11 388 € / an, soit 569 € par personne |
| À cinquante personnes | 59 000 $ / an, soit 1 180 $ par personne | 19 788 € / an, soit 396 € par personne |
| Serveurs, base, sauvegardes | à vous | inclus |
| Hébergement | chez vous | centres de données européens, ou chez vous |
| Juridiction du fournisseur | américaine | belge |
Nous ne sommes pas Jira, et nous ne prétendons pas l'être : si vos équipes vivent dans les sprints et Bitbucket, restez où vous êtes. Si ce que vous suiviez dans Jira, ce sont des dossiers, des chantiers, des inspections et des demandes internes, la porte qui vient de se fermer en ouvre une autre.
Jira, Confluence et Atlassian sont des marques d'Atlassian. Klaro Cards n'est pas affilié à Atlassian.
Sources : fin de support de Jira Server, 15 février 2024, et paliers Server (10 à 500 utilisateurs, licence perpétuelle) ; questions-réponses d'Atlassian sur la fin de Server, dont le minimum de 500 utilisateurs en Data Center et la recommandation du cloud en dessous ; calendrier de fin de vie de Data Center annoncé le 8 septembre 2025, dont l'arrêt des ventes aux nouveaux clients le 30 mars 2026 ; prix catalogue Data Center, palier 500 utilisateurs, 51 000 $ puis 59 000 $ au 17 février 2026. Les prix Klaro Cards sont les prix publics de klaro.cards/tarifs, HTVA. Les montants en dollars et en euros ne sont pas convertis : chacun est cité dans la devise que son fournisseur publie.
- 1 Jira Data Center : la vraie échéance n'est pas 2029
- 2 CLOUD Act et RGPD : ce que l'hébergement en Irlande ne règle pas
- 3 Jira n'a plus d'offre pour qui veut garder ses données en Europe
- 4 Alternatives à Jira pour les équipes qui ne font pas de développement logiciel
- 5 Alternatives à Jira auto-hébergées, maintenant que Data Center s'en va
- 6 Les alternatives européennes à Atlassian
- 7 Marchés publics et SaaS : les clauses de souveraineté qu'on vous demandera