S'enliser, et comment réagir

Dans tout projet complexe, il y a des moments où l'on s'enlise... en tant que chef de projet ou en tant qu'équipe. Comment réagir tôt pour rester en mouvement, et quelles stratégies employer pour repartir quand on ne sait plus quoi faire.

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Photo by Aubrey Odom on Unsplash

Tout projet complexe connaît ses « moments de creux » : tout le monde travaille mais l'équipe n'a aucun impact (le travail accompli ne produit presque aucune valeur réelle) ; ou bien l'équipe est hors-piste, à travailler dans ce qui ressemble à un monde imaginaire (le travail a de la valeur en théorie, mais où est l'objectif réel ?). Deux exemples :

  • Vous rénovez une maison, essentiellement seul, et le chantier est trop grand pour vous. À un moment donné, vous vous retrouvez à reboucher du plâtre, à peindre une toute petite pièce, à réparer une ampoule ou un interrupteur… alors que le plafond est grand ouvert, qu'il manque les portes et qu'il n'y a pas de salle de bain. Cela prête à sourire, mais cela m'est arrivé.

  • Votre équipe construit un logiciel tout neuf pour une startup. Elle corrige beaucoup de bugs, améliore quantité de fonctionnalités existantes, en crée même beaucoup de nouvelles. Cela a beaucoup de valeur… en théorie. Pourtant, si au bout d'un an la startup n'a ni utilisateurs ni clients, tout ce travail est probablement complètement hors-piste. Ne riez pas, cela arrive tout le temps dans le monde des startups.

Ces situations s'installent progressivement ; cela n'arrive pas du jour au lendemain. Mais les conséquences peuvent être dramatiques : des burnouts dans l'équipe, ou la fin de l'activité. Alors comment voir venir une chose pareille à temps ? Et comment réagir ?

Les signes que quelque chose ne va pas

On découvre souvent bien tard qu'on est enlisé. La motivation et l'engagement sont déjà bas ; les objectifs importants restent étrangement vagues ou inconnus, ou bien rien de significatif n'a été accompli depuis un moment ; il y a un sentiment d'absence de direction. Si c'est votre cas, vous pouvez sauter cette section (vous êtes enlisé) et passer directement aux stratégies pour repartir.

Si vous ne vous sentez pas enlisé mais voulez vous assurer que vous n'êtes pas en chemin, voici trois choses à surveiller en continu :

Le test des trois objectifs

À tout moment, vous et votre équipe êtes-vous capables d'énoncer sans hésiter vos trois plus grands objectifs stratégiques ? Si non, c'est peut-être le signe que vous êtes hors-piste, ou en passe de l'être. Dans tous les cas, même si vous ne vous sentez pas du tout hors-piste, faire le test des trois objectifs ne peut que bénéficier à votre équipe.

Le test de la valeur réelle

Pour tout ce que vous faites — chaque tâche que vous terminez — pouvez-vous dire immédiatement pourquoi vous l'avez faite (en vous référant à un objectif de plus haut niveau), et à qui elle bénéficie ? Pouvez-vous demander à une personne réelle de confirmer qu'elle produit quelque chose de précieux pour elle ? Si non, vous risquez de travailler sur des choses qui n'ont pas d'importance. L'accumulation de ces tâches peu signifiantes vous éloigne de plus en plus.

La dernière fois que vous avez été fier

Un manque de fierté dans ce que l'on fait est un signe clair, personnel comme collectif, que quelque chose cloche. Réfléchissez-y : la fierté du travail accompli apparaît quand on crée quelque chose de précieux, surtout quand c'est aligné avec les objectifs principaux (personnels, d'équipe ou d'entreprise). Surveillez régulièrement la fierté individuelle et collective, sans que cela devienne une obsession.

Voilà quelques signes et tests simples, que vous pouvez vous appliquer à vous-même et à votre équipe presque sans coût. Cela prend quelques minutes par semaine, ou à chaque itération de travail, et cela en dit long sur l'endroit où vous en êtes. Réfléchir ainsi régulièrement aide en réalité à éviter de sortir de piste.

Parfois il est trop tard, et votre équipe et vous avez perdu le fil. La section suivante liste quelques stratégies applicables dans ce cas.

Comment repartir ?

Repartir n'est jamais facile, surtout quand on a mis longtemps à découvrir qu'on était enlisé. Quelle que soit la stratégie, il n'y a pas de formule magique : il faut être patient. Voici les principales stratégies qui m'ont aidé par le passé. Pouvoir agir sur les premières de la liste est le signe que vous n'êtes pas aussi enlisé que vous le pensez, et c'est une bonne nouvelle. S'il vous faut descendre loin dans la liste pour trouver quelque chose d'actionnable, vous êtes probablement en plus mauvaise posture. Dans ce cas, prenez un élément de la dernière stratégie, faites-le, puis essayez de remonter immédiatement à la première : demander de l'aide. Si aucune des idées ci-dessous n'a de sens pour vous, appelez-moi personnellement — j'aimerais affiner mes propres stratégies, et je vous aiderai volontiers gratuitement en apprenant au passage.

Demander de l'aide

J'ai toujours été surpris de voir à quel point c'est difficile, pour certains. Et pourtant, demander de l'aide devrait sans doute être votre toute première stratégie quand vous êtes enlisé. Non pas parce que quelqu'un d'autre va tout arranger — la plupart du temps vous recevrez des conseils alors que vous avez aussi besoin d'aide opérationnelle — mais parce qu'être capable de demander de l'aide signifie que vous ne niez plus le problème, et c'est l'essentiel. Vous pouvez demander de l'aide à vos collègues, à votre famille, à des consultants externes, en publiant sur les réseaux sociaux… tout ce qui vous vient. Vous pourriez aussi être surpris : des proches peuvent parfois faire certaines des choses que vous croyiez vous incomber, et cela vous sortira de l'ornière.

Écrire les choses

Je répète : ÉCRIVEZ LES CHOSES. Rien ne vous enlise autant que de simplement penser à votre situation. Tout projet a besoin de réflexion et de brainstorming ; c'est nécessaire… mais jamais suffisant. Il faut aussi sortir les idées de sa tête, et cela passe par des mots. Des mots dits (y compris pour demander de l'aide) et des mots écrits. Pour repartir, commencez par écrire un plan concret : des puces, des cartes Klaro, une feuille de route, une liste des trois objectifs les plus importants, peu importe. Il n'a pas besoin d'être bon, ni détaillé, ni composé d'éléments de même nature ou de même granularité… il a juste besoin d'exister. FAITES-LE.

Découper

Les premiers plans et listes ont tendance à contenir des idées générales, rien de vraiment actionnable. Ces éléments peuvent devenir une source d'angoisse s'ils restent trop abstraits. Si possible, affinez deux ou trois de ces points généraux, clarifiez-les sous forme de liste de choses à faire, et bâtissez un plan de taille et de niveau de détail raisonnables. Puis mettez-vous au travail sur les éléments faciles, un par un.

Débloquer 3 éléments

Si découper ne fonctionne pas bien, ou si vous n'arrivez pas à échapper au sentiment d'avoir trop d'éléments généraux par lesquels vous ne savez pas commencer, CONCENTREZ-VOUS. Sélectionnez-en trois qui semblent plus importants ou plus stratégiques (même gros, ce n'est pas grave), et débloquez-les : pour chacun, identifiez une étape facile qui sera de toute façon absolument nécessaire, et faites-la. Puis alternez entre « découper » et « débloquer 3 éléments ». Avec un peu de chance, c'est tout ce qu'il faut pour repartir et débloquer de plus grandes choses.

Faire UNE chose

Si vous êtes toujours enlisé — si vous n'avez même pas l'énergie de commencer l'un des points précédents — vous êtes probablement en difficulté sérieuse. Avant de descendre plus bas dans la liste, il reste une stratégie à essayer : faire une chose par jour (ou par semaine, par mois, par itération, peu importe). Choisissez-en une — laquelle n'a pas d'importance, elle peut même être très facile. Et faites-la, si possible. Puis arrêtez-vous et détendez-vous. Savourez de l'avoir faite. Vous en ferez une autre demain.

Dormir

Le manque de sommeil est probablement l'une des plus grandes raisons pour lesquelles on finit enlisé. Si vous vous sentez fatigué — physiquement, mentalement ou émotionnellement — alors dormez, allez marcher, redormez et remarchez. Ne culpabilisez pas d'être bloqué au travail, mais essayez de vous concentrer sur autre chose, aussi souvent que possible. Puis essayez de remonter cette liste à l'envers : faites une chose qui règle une des raisons de votre enlisement. Si cela ne marche pas, redormez.

À première vue, la liste ci-dessus ressemble à des stratégies personnelles. Si vous travaillez en équipe ou construisez une entreprise, relisez-la. Ces points peuvent aussi servir de stratégie collective : demandez à tous les membres de lire ce billet, puis tenez une réunion rapide avec eux et décidez ensemble de ce qu'il faut faire. Avec un peu de chance, tout le monde n'est pas enlisé et à court d'énergie, et quelques idées surgiront. À partir de là, la façon de repartir devrait devenir plus claire. L'étape suivante est de s'assurer que chacun connaît les trois objectifs les plus importants… mais c'est une autre histoire !

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